| Avis aux vieux baroudeurs du Dungeon/RPG ! Shiren The Wanderer revient tout droit des 90's pour mettre vos nerfs à rude épreuve. Préparez-vous à mourir, et pas qu'un peu. |
Mystery Dungeon : Shiren The Wanderer est un dungeon-RPG paru au Japon sur SNES en 1995. Initialement développé par ChunSoft, le titre est aujourd'hui enfin exporté en occident par Sega, via la console aux deux écrans. On y incarne Shiren, un ronin (un samurai sans maitre) accompagné de son meilleur pote, Koppa le furet. Les deux compères sont en quête du légendaire « Repaire du Condor Doré », et devront pour ce faire traverser trente donjons et quelques villages d'un Japon féodal fantastique. Je préfère avertir les grands nerveux, petits joueurs et autres mauvais perdants : passez votre chemin, Mystery Dungeon : Shiren the Wanderer n'est pas fait pour vous.
La mort vous va si bien
Certains PNJ vous accompagneront, le plus souvent pour se retourner contre vous au pire moment possible.
Avec Shiren, vous allez gouter à la mort sous toutes ses formes. Et attention, je ne parle pas de la petite mort gentille qui vous laisse recharger votre partie et faire un peu de leveling avant de retenter un passage délicat. Non, malheureux, je parle de la vraie mort bien frustrante, celle qui vous renvoie illico au début de l'aventure, celle qui anéantit le contenu de votre inventaire et applique un gros reset bien senti sur votre XP et les niveaux que vous avez passé. Et autant vous dire que les sadiques de chez ChunSoft se sont creusés pour trouver des centaines de manières de vous faire passer de vie à trépas. Dans ce jeu, les PNJ qui vous proposent un massage finissent par vous briser la nuque et les petites filles en détresse vous aveuglent un plein milieu d'un donjon bourré de morts vivants. Des pièges, omniprésents, vous immobilisent alors que des monstres approchent ou vous déséquipent instantanément de vos épées et boucliers. Vous trébucherez sur des pierres cachées et rependrez le contenu de votre inventaire sur le sol, aux pieds de bestioles qu'il aurait été déjà bien difficile de battre avec toutes vos herbes de soin.
Difficile, donc. Sans compter que les donjons sont générés aléatoirement et que tout le beau monde qui les peuple se déplace au tour par tour, case par case. Ainsi, n'espérez même pas échapper à un dragon qui vous aurait repéré à l'autre bout d'une pièce. Vous avancez d'une case, lui aussi. Il continuera donc à vous pister jusqu'au moment où vous serez forcé de faire demi-tour à cause d'un cul de sac impossible à prévoir. Vous trouverez plusieurs types d'objets sur le sol des donjons pour vous aider dans votre périple. Des épées, katanas et autres armes pourront être améliorées, en échange de beaucoup d'or, chez les forgerons que l'on trouve dans certains villages. Des bâtons et parchemins vous permettront de jeter des sorts plus ou moins dévastateurs. L'utilisation de certaines herbes vous fera regagner des points de vie et il vous faudra vous nourrir régulièrement de boules de riz pour ne pas mourir de faim. Le problème, c'est que tous ces objets apparaissent aléatoirement dans les donjons. Ainsi, il n'est pas rare de traverser plusieurs niveaux sans trouver la moindre épée ou la plus petite boule de riz, ce qui ne présage forcément rien de bon pour la suite des événements.
Le jour sans fin

Les donjons puzzles sont bien utiles pour se changer les idées et se familiariser avec certains objets.
Vous trouverez, dans certains villages, des entrepôts où vous pourrez déposer des objets en prévision de vos prochains passages. Ces entrepôts constituent le coeur de la stratégie à adopter afin d'en finir avec cet enfer. Par exemple, vous trimballez un katana trouvé dans le premier donjon. Par une chance insensée, vous parvenez à survivre jusqu'au troisième village, qui abrite un forgeron et un entrepôt. Vous décidez donc, en partie parce que les PNJ n'ont cessé de vous le conseiller depuis le début de l'aventure, d'upgrader votre sabre chez le forgeron avant de le stocker dans l'entrepôt. Vous mourrez inévitablement quelques donjons plus tard et n'aurez plus qu'à recommencer, ramener assez d'or au village pour améliorer une nouvelle fois votre katana, le re-déposer dans l'entrepôt, re-mourir, et ainsi de suite, jusqu'à obtenir un katana+10. Le problème, c'est que ce katana aura beau être surpuissant, il ne suffira pas forcément à vous protéger des centaines de pièges vicieux qui vous attendent au détour des corridors du jeu. D'autant que, dans Mystery Dungeon, le métal rouille, les épées se brisent, et certains monstres n'ont rien d'autre à faire que de transformer votre équipement en boulettes de riz. Cette épée, vous finirez donc inéluctablement par la perdre, et je ne chercherai même pas à essayer de décrire la rage destructrice que vous ressentirez à ce moment précis. Angry German Kid n'y survivrait pas...
Vous l'aurez compris Mystery Dungeon : Shiren the Wanderer est monstrueusement difficile et s'adresse donc à une toute petite minorité de joueurs : l'élite. Les plus jeunes et les moins hardcore passeront leur chemin. Les textes sont entièrement en anglais, réduisant un peu plus un panel cible déjà bien maigre. Malgré que Sega nous ait promis des graphismes remis au goût du jour, la différence visuelle avec la version SNES de 1995 ne saute clairement pas aux yeux : les donjons, en 2D vue du dessus, sont incroyablement plats, dénués de la moindre originalité, et les graphismes old-school au possible ne satisferont pas les yeux les plus exigeants. La dimension RPG du jeu, déjà minimaliste sur le papier, est complètement anéantie par le principe de mort définitive qui interdit tout espoir de progresser en privilégiant le leveling. Néanmoins, tout n'est pas noir dans Mystery Dungeon. Ainsi, quelques éléments sympathiques viennent réhausser l'intérêt du titre, tels que les donjons puzzles accessibles dans le premier village, histoire de se changer les idées et de saisirs les subtilités du gameplay, ou encore la possibilité de se transformer en monstre lorsqu'on mange leur viande. Egalement, le système de stockage et d'amélioration des objets constitue une manière singulière d'apréhender un RPG. L'évolution et la sauvegarde des objets et armes deviennent la priorité du joueur, bien avant la progression du personnage, et les amateurs de dungeon/RPG s'y retrouveront à ce niveau là. Shiren The Wanderer est donc un jeu sans concession qui offusquera, par sa difficulté, le joueur dillétante et ravira, par son challenge à l'ancienne, le vieux briscard du dungeon/RPG en quête d'un vrai titre hardcore.
Graphisme : 5/10 - Très corrects pour un jeu SNES, les graphismes des donjons de Shiren The Wanderer souffrent de leur grand âge. Les villages en revanche sont plutôt jolis. La carte en surimpression sur l'écran tactile nuit gravement à la lisibilité du jeu.
Son : 8/10 - L'un des points forts du titre. De belles musiques, tout au long de l'aventure.
Gameplay : 6/10 - En théorie, Mystery Dungeon est presque entièrement jouable au stylet. En pratique, n'y pensez même pas. Le combo croix directionnelle + boutons fonctionnent plutôt bien, même si la gestion des diagonales laisse parfois à désirer, en particulier lorsqu'il s'agit de frapper.
Durée de vie : 8/10 - 30 donjons assez courts mais ô combien périlleux. Les moins masochistes d'entre vous mourront une paire de fois avant d'abandonner devant tant d'adversité. Les plus persévérants passeront de longues heures à recommencer le jeu du début pour espérer en voir un jour la fin.
Multijoueurs : 2/10 - Il est possible de demander de l'aide à un joueur via la connexion Wi-Fi en cas de décès prématuré, mais peu nombreux sont ceux qui répondront à l'appel tant il est risqué de se lancer dans une opération de sauvetage.
Mystery Dungeon : Shiren The Wanderer est un hymne au hardcore à l'ancienne. Sans concessions, le titre se destine exclusivement à l'élite des joueurs de Dungeon/RPG adeptes de Retro-Gaming. Les autres passeront allègrement leur chemin ou pleureront leur mère devant l'extrême difficulté du jeu.